Cinq ans après….

Introduction à l’Assemblée Générale du 4 décembre 2009

C’est un moment un peu solennel pour moi de vous retrouver ce soir, cinq ans après mon premier voyage au Rwanda. C’est un moment très solennel de vous apprendre que la Maison de quartier de Kimironko est maintenant construite et que les activités des dames commenceront tout prochainement. Je dis « les dames » parce que nous sommes ici à Paris. A Kigali on dit « les mamans ».
La maison existe, elle est magnifique. Ses briques de terre crue absorbent les lumières des différents moments du jour et passent de l’ocre pâle au rose soutenu. Autour il y a des collines. C’est un quartier calme, il y a  des hérons sur la parcelle, et j’ai passé là-bas toutes les journées de mon récent voyage. Une semaine ne s’est pas même écoulée depuis mon retour dimanche dernier, quand je pouvais encore dire « hier après-midi quand nous étions à la maison avec Annonciata, Françoise, Anatalie… ».

La Maison de quartier est un ensemble de 3 bâtiments.

Sur le chantier, il y a John, le chef maçon, chef de chantier, et son équipe : les maçons, les soudeurs, les électriciens, les charpentiers, les peintres. Il y a Françoise et Anatalie, aides maçonnes, habitantes de Kimironko, qui sont là depuis le début du chantier. Il y a Annonciata qui veille sur tout (les stocks, les achats et les comptes) comme une mère sur son propre enfant. Il y a les visiteurs que nous accueillons ensemble et qui admirent sans réserve notre travail. Ils disent mwiza, ce qui signifie très beau, et à force de compliments entendus, Annonciata cherche un nom pour la maison qui contiendrait ce qualificatif mwiza. Il y a Marie-Rose (8 ans), la fille d’Anatalie, qui promène là sa curiosité intacte, tout entière émerveillée.
Dimanche dernier nous avons visité la maison ensemble, avec près de 90 femmes et jeunes filles de l’umudugudu*,  par petites groupes et nous avons parlé de la destination de chacune des pièces. Une gratitude confiante et proche nous enveloppe. On s’embrasse, on se remercie, on se félicite, on chante. Peu à peu je comprends combien la survie quotidienne – savoir ce qu’on donnera à manger le soir aux enfants – mobilise la plupart du temps leur psyché, leur interdisant tout espace de projection ultérieure. Mais là – dans cette maison toute nouvelle où nous sommes réunies, il me semble que l’espace psychique retrouve son inspiration, sa mobilité. Il laisse advenir de nouveaux désirs, de nouvelles exigences, ma pensée n’est plus la même, son rythme est transformé. Elle s’infiltre dans les espaces traversants de la maison. Il n’y a pas de portes. La fierté qui nous étreint ce jour-là est le résultat d’un long chemin parcouru ensemble et d’une approche qui a duré cinq ans : passant d’une curiosité réservée à un enthousiasme certain et collectif. On se sent bien là à l’intérieur.
Une parenté multiple a donné naissance à notre maison. Beaucoup sont présents pour notre assemblée générale et je suis contente de vous remercier de vive voix et de tout mon cœur pour votre générosité et votre accompagnement bienveillant. La maison remplit mes rêveries et mon présent, elle m’inspire et elle m’enchante. Nous avons fait une photo « de famille », comme disent les mamans, devant la maison. C’est une immense part de mes espoirs et de notre avenir qui se construit là. Là face à moi pour la photo plus de cinquante d’entre elles, femmes rescapées et habitantes de Kimironko, elles  expriment elles aussi leur espoir.
Merci, murakoze.

*Umudugudu : lotissement où vivent les mamans et les enfants, dans le quartier de Kimironko

Si vous avez apprécié cet article, s'il vous plait, prenez le temps de laisser un commentaire ou de souscrire au flux afin de recevoir les futurs articles directement dans votre lecteur de flux.

Commentaires

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

(requis)

(requis)